10 ans en Israel

Je ne m’attendais pas à écrire ce texte en pleine guerre, au milieu d’un parc vide, sur un banc, volant quelques heures pour m’échapper du vocabulaire du moment: abri, missile, alertes, impact, morts, blessés…
Et pourtant, c’est bien aujourd’hui. Il y a dix ans jour pour jour, je quittais ma France natale avec mon mari et trois enfants en bas âge.
Je posais mes valises dans un pays qui m’appelait sans que je sache encore pourquoi.
A l’arrivée, on a écrit mon prénom accolé à celui de ma grand-mère sur une carte d’identité. On m’a donné un numéro que j’ai su par cœur et une course folle contre le temps a débuté.
En dix ans, j’ai voulu rattraper toutes les vies que je n’avais pas vécues. Pire, j’ai voulu rattraper toutes les vies que ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère n’avaient pas eues la chance de vivre.
Ici, je me suis permise tous les excès, toutes les excentricités : mon hyperactivité s’est débridée, je suis devenue la plus israélienne des françaises et la plus française des israéliennes. J’ai changé de métier, de domaine, j’ai trouvé ma vocation.
J’ai échangé mes bonnes manières de politesse contre une réelle empathie et ressentir, m’émouvoir, pleurer sont devenus mes sports quotidiens.
En dix ans, je suis devenue une lionne au cœur tendre. J’ai changé d’idoles, j’ai assumé la spiritualité qui a toujours été la mienne, j’ai appris à ne rentrer dans aucune case, à n’appartenir à aucun stéréotype. J’ai tout fait pour rester moi. Pour ne pas céder aux attentes des uns et des autres.
Paris était trop linéaire pour moi. Israël trop chaotique. Trop abrupt. Et pourtant. Ce fut et c’est toujours la plus grandes des écoles possibles. L’école de la vie. Le champ de l’expérience. Ici, les diplômes ne valent rien mais les actes ont de la valeur.
Israel m’a déboussolée. A appuyé sur mes failles. M’a fait tomber. Mille fois. M’a obligée à me relever. A me confronter à ma vérité la plus intime. Je suis devenue une Hébreue. Depuis dix ans, je ne fais que ça : traverser. Traverser mes doutes, mes ombres, mes approximations, et en traversant, j’ai appris à faire traverser les autres. Je trace ma route. Je fais confiance. Je serre les dents. Je prie. J’écoute mon intuition. Et je me sens vivante par-dessus tout.

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