Ce matin, le ciel d’Israël s’est ouvert.

Une pluie fine, presque timide, silencieuse, est venue effleurer nos vitres, s’inviter sans fracas dans nos jardins, trempant nos cabanes faites de feuilles, de tiges de fer et de tissus légers.

Ce matin, le réveil n’a pas la même couleur que les autres jours. Dans nos têtes encore habitées par les nouvelles de la veille, l’écho de l’espoir se fait encore entendre.

Hier soir, alors que nous célébrions la fête de Souccot, symbolisée par la construction de cabanes, qui fleurissent partout dans le pays et qui invitent, par leur simplicité, le peuple juif à revenir à son essentiel, à quitter toute forme d’égo pour se laisser porter par les aléas du destin, en se soumettant aux lois de la nature, la flamme de l’espoir s’est rallumée. Les téléphones ont crépité de nouvelles venant de loin. La poignée de main entre Trump et Benyamin Netanyahou, entourée des pays du Golfe, en est devenue l’emblème.

Hier soir, entre deux conversations, nos cœurs étaient en prise avec une contradiction devenue notre quotidien : celle d’envie irrépressible d’y croire, celle de reconnaitre en cet accord, un accord historique, conclu par l’intermédiaire des Etats-Unis entre Israël et le Hamas, et une méfiance, une peur que cette bonne nouvelle soit démentie les jours suivants. Alors hier soir, il y avaient ceux qui sabraient le champagne à l’idée que tous les otages seraient libérés sous quelques jours et les autres, qui disaient qu’ils n’y croiraient réellement qu’au moment où les familles pourraient serrer leurs proches dans leurs bras, après deux ans d’usure et s’obscurité.

Ces deux années nous ont forcés à retenir notre souffle. Nous avons développé une capacité hors norme pour vivre en apnée, comment respirer en profondeur quand la guerre dure et que la souffrance est partout où on veut la voir ?

En deux ans, nous avons nourri une multitude d’espoirs qui, presque instantanément, se sont effrités au contact du réel. Alors, à force, nos aspirations d’avenir dans la région se sont faits prudentes, nos illusions de paix sont devenues caduques, nos élans humanistes bridés par la réalité du terrain.

Et pourtant, hier soir, assis dans les cabanes, c’était différent. Véritablement entrés dans l’esprit de Souccot, apprenant peu à peu à lâcher-prise, notre fatigue du cœur s’est laissée emporter par le flot des notifications. Les nouvelles tombaient comme une pluie fine de miracles et se concluant toutes par cette phrase magique « les otages rentreront chez eux sous quelques jours ».

Ce matin, au réveil, les nouvelles de la veille ne sont toujours pas démenties. Plus grand encore, une pluie délicate, inattendue pour la saison, tombe. Elle semble venue apporter, à sa manière, une confirmation aux nouvelles de la veille, l’impossible trouvant son chemin jusqu’à nous. En hébreu, la pluie — gueshem — partage la même racine que lehitgashem, verbe que l’on utilise pour dire qu’un rêve ou un espoir se réalise. Comme si, en tombant sur la terre, la pluie venait incarner ce que nos cœurs attendaient depuis si longtemps : la concrétisation de l’espérance.

De mémoire, je n’avais jamais vu la pluie tomber ainsi, en cette saison qui s’obstine d’ordinaire à ressembler à l’été. Mais ce matin, dans le silence suspendu d’un pays qui s’autorise à croire à nouveau, une pensée me traverse.

Cela ne fait pas deux ans, mais plusieurs millénaires que le peuple juif a développé une forme singulière d’espérance.

C’est une espérance à contre-courant de l’ère du temps, déconnectée de la réalité objective, qui sait se frayer un passage entre ce que l’on voit et ce que l’on ignore.

Cette espérance ne s’appuie sur rien, mais repose sur tout : sur la certitude que nous vivons notre histoire de la manière la plus pleine et incarnée possible. Sans cette espérance, nous ne pourrions pas continuer. Car ici, espérer n’est pas une posture : c’est une manière de vivre, et de se tenir debout malgré le vent. 

Et peut-être qu’avec la libération des otages, une autre libération aura lieu, celle d’une vérité encore plus fondamentale. Celle que notre combat n’est pas celui que l’on croit, il dépasse nos frontières, il porte en lui l’universel de l’humanité, et s’il est mené ici, avec une intensité presque surnaturelle, il précède un autre combat, qui déjà gronde, et qui se joue au cœur de l’Occident. Un combat pour les valeurs de la vie contre la pulsion de mort, pour la lumière contre l’effacement, et pour des principes qui rendent l’humanité encore humaine.

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