Le mur des lamentations
Il en a vu passer ce mur. Surtout entendu.
Il y a celles qui viennent pour demander, pour implorer. Celles qui supplient. Qui lisent en pleurant. Qui pleurent en lisant. Qui prient pour leurs défunts. Ou pour qu’on garde vivants les leurs. Celles dont le regard raconte leur attachement à leurs maris, à leurs fils, à leurs frères. Celles dont les turbans sur la tête font ressortir leurs yeux profonds. Celles dont les regards parlent la langue de la spiritualité et de la foi.
Il y a celles qui viennent ici tous les jours. Toutes les semaines. Comme une visite qu’elles se rendent à elles mêmes. Pour dire ici ce qu’elles comprennent. Ou pour avouer tout bas ce qu’elles ne comprennent pas.
Il y a celles qui regardent. Qui regardent devant. Qui regardent le mur. Qui regardent en l’air ou du côté des hommes. Celles qui regardent en elles pour y trouver des sentiments qui leur font honte. Ou qui les rendent fières.
Il y a celles qui parlent. A voix haute ou à voix basse. Celles qui ne font que passer. Qui veulent juste se sentir moins seules. Qui veulent se rappeler qu’elles appartiennent à une grande famille. Celles qui écrivent leurs demandes. Qui mettent leur cœur dans un minuscule bout de papier. Qui le ferment avec la salive de leur croyance. De peur de ne pas assez croire en ce moment.
Il y a celles qui veulent surtout toucher le mur. Qui aiment sa pierre anguleuse et froide. Qui caressent ces rainures chargées de prières. Qui aimeraient se cogner la tête contre lui. Ou l’embrasser.
Il y a toute la complexité de l’âme humaine ici. Et en même temps, toute la simplicité du monde.
